Editions à compte d’auteur, à compte d’éditeur, à compte à demi et autoédition : Késako ?

modes d'edition fev 2015

En se baladant nonchalamment sur les forums divers et variés, beaucoup de questions reviennent quant au mode d’édition le plus pertinent.

Pour se faire éditer, doit-on payer une maison d’édition ? Quelles sont les prestations de services accompagnant le contrat d’édition ? La promo en fait-elle partie ? La correction ? La mise en page ? Qui va s’occuper de la distribution ? Payer 1500 € pour voir son œuvre relue, corrigée, et recevoir chez soi 100 exemplaires à distribuer et promouvoir seul, est-ce une bonne opération ?

Les maisons d’édition à compte d’auteur et celles aidant à l’autoédition proposent-elles réellement un service de qualité ? Ne sont-elles pas des miroirs aux alouettes faisant leur profit aux dépends des auteurs et, parfois, du contenu ? Combien de livres édités sur du matériel de mauvaise qualité ? Bourrés de fautes d’orthographe ? Avec des césures qui piquent les yeux ?

Entre ces questions légitimes et la technicité juridique et économique des différentes méthodes d’édition existantes, il est normal que les auteurs en herbe se sentent perdus. Je me suis dit qu’un petit topo informatif sur le sujet pourrait en éclairer certains, et les aider à prendre la bonne décision. Bien sûr, je ne prétends pas détenir la solution miracle et de nombreuses autres ressources existent pour vous aider : sites, livres, vidéos, conseils, témoignages, forums et compagnie : ne vous en privez surtout pas !

Nous allons donc passer en revue les 4 modes d’édition existants, avec leurs avantages, leurs inconvénients, et ce qu’il faut en retenir.

NB : Les 4 parties de ce dossier sont décomposées chacune en 4 points : définition classique, définition juridique (qui est la même que la définition classique mais tirée directement du texte de loi), les avantages et les inconvénients. Avec en conclusion de chaque partie, mon analyse synthétique du mode d’édition décrit.

Bonne lecture !

I. Edition à compte d’éditeur

1. Définition classique

C’est le mode d’édition classique qui consiste pour un éditeur à publier un livre, généralement choisi par un comité de lecture, à ses propres frais. L’éditeur prend en charge le travail d’impression en amont (correction, maquette, illustration, réécriture avec l’auteur), les frais de fabrication, d’impression, de publicité, de promotion, et de distribution.

En cas d’édition à compte d’éditeur, la maison d’édition prend en charge tout les frais d’édition. En contrepartie l’auteur cède une partie de ses droits d’auteur pour une certaine durée (un contrat est établi entre les deux parties) et il perçoit une rémunération proportionnelle aux nombres de livres vendus. Dans certains contrats, assez rare tout de même, il peut toucher des avances forfaitaires sur ses droits d’auteur.

2. Définition juridique

Issue de l’article L132-1 du code de la propriété intellectuelle : « Le contrat d’édition est le contrat par lequel l’auteur d’une œuvre de l’esprit ou ses ayants droit cèdent à des conditions déterminées à une personne appelée éditeur le droit de fabriquer ou de faire fabriquer en nombre, des exemplaires de l’œuvre, ou de la réaliser, ou faire réaliser sous une forme numérique, à charge pour elle d’en assurer la publication et la diffusion. »

3. Avantages

  • Tous les frais sont à la charge de la maison d’édition, elle prend le risque.
  • L’éditeur assure une qualité de service et de suivi de l’œuvre et de l’auteur (relecture/correction, mise en page, qualité du matériel d’impression, prise en charge de la communication, publicité, distribution, référencement etc…)

4. Inconvénients

  •  L’auteur ne perçoit en général que 6% droit d’auteur des ventes (mais tout se négocie puisque nous sommes en situation de contrat).
  • Moins d’ 1 % des manuscrits envoyés dans les maisons d’édition est publié. Beaucoup de propositions, peu d’élus ! C’est encore plus compliqué quand il s’agit du premier roman et/ou que l’auteur est inconnu. Dans ce genre de situation, il faut une grosse dose de chance en plus du talent!

Mon analyse: La rémunération moindre que pour les autres types d’édition peut apparaître comme un inconvénient. Mais la balance des avantages et des inconvénients se fait toujours en coût complet : vous percevrez peut-être moins de droit d’auteur, mais vous aurez une qualité d’impression et de prestation qui sera majoritairement supérieure à celle des autres modes d’édition. Votre suivi publicitaire, promo, presse, distribution, qui sont des phases chronophages et peuvent sembler complexes et difficilement accessibles quand on doit se débrouiller seul, sans réseau préalable, vous sont garanties par la maison d’édition. Toutes les charges que vous seriez susceptibles de supporter sur vos deniers propres  (cf. compte d’auteur et autoédition), pèsent entièrement sur cette dernière, notamment le risque que le livre ne se vende pas. L’édition à compte d’éditeur reste une solution sûre, gage de qualité (enfin…certains ouvrages ou auteurs passent entre les mailles étroites du filet, on se demande pourquoi et comment ! Parfois les voies de la grande édition sont impénétrables.). Je vous conseille donc de tenter dans un premier temps la méthode édition à compte d’éditeur, auprès des grosses maisons d’édition pourquoi pas, puis maisons d’édition plus petites le cas échéant. Si après ces tentatives vous essuyez un refus, vous pouvez vous diriger vers le 2e mode d’édition, celui dit à compte d’auteur.

II. Edition à compte d’auteur

1. Définition classique

Cela signifie que l’auteur peut faire éditer ses œuvres par le biais d’une maison d’édition ou un prestataire de service, à sa charge : il paie donc les frais d’impression et de publicité. Aucune cession de droits d’auteur n’est faite au profit de l’éditeur ou du prestataire de service. Il ne s’agit pas ici d’un contrat d’édition tel que défini dans le code de la propriété intellectuelle mais bien d’un contrat de louage d’ouvrage (article 1710 du code civil; cf sources en bas de page).

Normalement, l’éditeur ou le prestataire assure la diffusion des ouvrages (toujours bien lire les clauses du contrat qui peut varier d’un éditeur à l’autre).

2. Définition juridique

Issue de l’article L132-2 du code de la propriété intellectuelle : « Ne constitue pas un contrat d’édition, au sens de l’article L. 132-1, le contrat dit à compte d’auteur.

Par un tel contrat, l’auteur ou ses ayants droit versent à l’éditeur une rémunération convenue, à charge par ce dernier de fabriquer en nombre, dans la forme et suivant les modes d’expression déterminés au contrat, des exemplaires de l’œuvre ou de la réaliser ou faire réaliser sous une forme numérique et d’en assurer la publication et la diffusion.

Ce contrat constitue un louage d’ouvrage régi par la convention, les usages et les dispositions des articles 1787 et suivants du code civil. »

3. Avantages

  • C’est un bon moyen pour les auteurs non connus, amateurs, ou tous ceux qui se sont vu refuser en édition classique en compte d’éditeur, de tenter une nouvelle fois de se faire publier par ces mêmes maisons.
  • Certaines boites proposent en prestation, pour les plus sérieuses, un suivi promo, publicité, aiguillage pour la distribution. A voir et comparer les prix proposés.
  • L’auteur perçoit en général 20% à 25% de ces ventes.

4. Inconvénients

  • Risque d’arnaques avec le nombre de boites d’éditions qui pullulent, notamment sur le net, et qui proposent des prix plus ou moins attractifs, mais sans le sérieux qui va avec (voir ci-dessous).
  • Risque pour l’auteur de ne pas avoir de suivi par l’éditeur, pas de suivi publicitaire, pas de réseau de distribution : en somme, système D !
  • Certaines maisons demandent des prix exorbitants allant jusqu’à plusieurs milliers d’euros juste pour une impression d’une centaine d’exemplaire ! Sans relecture, correction, et tout le toutim.
  • Accès aux salons très restreint voire inexistant pour les livres édités en compte d’auteur.

Mon analyse : Bon moyen pour les auteurs non connus qui ont essuyé le refus de grosses maisons d’édition, sachant que sur une année, moins de 1 % des manuscrits qui leur sont proposés ont la chance d’être édités : c’est comme jouer au loto ! Au petit bonheur la chance. Même de bons ouvrages peuvent se voir refoulés.

Faites attention, renseignez-vous sur les boites qui vous font des offres, elles ne sont pas toutes sérieuses et philanthropes ! Certaines pourraient avoir pour slogan « business is business » au détriment des personnes qui ont mis leur cœur à l’ouvrage. Renseignez-vous auprès des éditeurs directement, pour voir ce qu’ils proposent et à quel prix, allez voir les témoignages qui foisonnent sur les forums – je me garderais ici de jouer le rôle de 60 millions de consommateurs en effectuant des tests sur les différentes maisons d’édition proposant ce genre de services…cet article n’a pas pour objet de faire de la pub pour l’un ou pour discréditer l’autre, mais d’attirer l’attention des auteurs qui, de bonne foi, pourraient se faire « pigeonner » comme on dit vulgairement par des boites sans scrupules – comparez les prix et les prestations, et comme pour tout achat : devis comparatifs oblige !

Si on vous refuse toujours l’édition ou si les prix et prestations vous paraissent inadéquats, il vous reste la solution de l’autoédition.

III. Autoédition 

1. Définition classique

Tout est dans le nom : l’auteur prend tous les frais à sa charge, sans intermédiaire. Il reste entièrement propriétaire de ses droits d’auteurs. Aucune cession à aucun titre.

2. Définition juridique

Il n’y a pas de qualification juridique spécifique puisque la relation qu’a l’auteur avec les tiers comme les imprimeurs par exemple, est une relation contractuelle commerciale classique, de type client/fournisseur.

3. Avantages

  • Accessibilité avec notamment la multiplication des offres sur le net pour s’auto publier (offres d’imprimeurs principalement). L’accès est ouvert à tous sans restriction puisque vous êtes client et payez la prestation d’impression. Veillez à toujours demander un bon à tirer pour s’assurer de la qualité du traitement du fichier avant impression en masse. Cela vous évitera de mauvaises surprises : une mise en page désastreuse, un papier ou une impression de mauvaise qualité, un oubli de page, erreur de pagination, et moults découvertes désagréables ! Il est bien de prendre l’avis d’autres clients ayant eu recours à l’imprimeur par lequel vous souhaitez passer.
  • Peut être adapté à quelqu’un qui se tente à l’écriture ou à l’illustration de manière ponctuelle, en ayant une autre activité professionnelle à côté, et qui souhaite tout de même tenter l’aventure.

4. Inconvénients

  • Cela prend énormément de temps. Vous devez jouer tous les rôles : recherche d’information sur les prix/prestations/qualité imprimeurs, trouver les réseaux de distribution, s’occuper et entretenir la promo et la publicité de votre/vos ouvrages, en bref, c’est un métier à plein temps ! A exercer en plus de votre métier d’auteur ou de votre autre carrière professionnelle.
  • Attention aux arnaques sur les boites vous proposant des aides gratuites à l’autoédition, mais qui en réalité sont des éditions à compte d’auteur.
  • L’accessibilité sur les salons est très restreinte voire inexistante. Les demandes étant tellement nombreuses que certains salons refusent les livres édités en autoédition ou en édition à compte d’auteur.

Mon analyse : Il existe de plus en plus de sites qui proposent une aide à l’autoedition qui en fait, quand on regarde de plus près, vous demande une participation aux frais (??) ou se rémunèrent sur un pourcentage des ventes (en général 30%) et vous offre en contrepartie la diffusion dans les points de ventes, le suivi des ventes, entrées dans les salons…Ce qui, comme vous l’aurez remarqué, s’apparente en réalité à de l’édition à compte d’auteur. Donc, prudence. C’est très simple : en autoedition, vous ne devez payer aucun centime à aucun intermédiaire. Vous pouvez éventuellement vous associer à d’autres auteurs qui, comme vous, veulent passer directement chez l’imprimeur, pour essayer d’obtenir des prix réduits en échange d’un plus gros volume à imprimer. Plusieurs sites ou forums proposent également des conseils (donc gratuits, en général, ce sont des blogueurs partageant leur propre expérience, et qui sait, peuvent vous donner de bonnes adresses.)

IV. Edition à compte à demi

NB : Je parle rapidement de ce type d’édition car il est énoncé dans le code de la propriété intellectuelle, et c’est toujours intéressant d’avoir une vision globale et la plus complète possible sur un sujet donné. Mais je pense qu’il ne faut pas trop s’y attarder, pour les raisons qui seront développées ci-dessous.

1. Définition classique

Il s’agit ici d’un contrat en participation, bien encadré juridiquement (articles 1871 du code civil et suivants). L’auteur et l’éditeur sont associés dans cette démarche, ils forment ce qu’on appelle une société en participation. Chacun fait un apport pour arriver au résultat qu’est la vente du livre et la génération de bénéfices. Les bénéfices et les pertes sont ensuite partagés et supportés entre les deux associés Les obligations de chacun sont déterminées dans un contrat, qui peut varier d’un cas à l’autre, le tout étant que les deux parties se mettent d’accord sur les droits et obligations de chacun.

2. Définition juridique

Issue de l’article L132-3 du code de la propriété intellectuelle : « Ne constitue pas un contrat d’édition, au sens de l’article L. 132-1, le contrat dit de compte à demi.

Par un tel contrat, l’auteur ou ses ayants droit chargent un éditeur de fabriquer, à ses frais et en nombre, des exemplaires de l’œuvre ou de la réaliser ou faire réaliser sous une forme numérique, dans la forme et suivant les modes d’expression déterminés au contrat, et d’en assurer la publication et la diffusion, moyennant l’engagement réciproquement contracté de partager les bénéfices et les pertes d’exploitation, dans la proportion prévue.

Ce contrat constitue une société en participation. Il est régi, sous réserve des dispositions prévues aux articles 1871 et suivants du code civil, par la convention et les usages. »

3. Avantages

Alors honnêtement, je ne vois aucun avantage à la pratique de ce type de contrat dans le monde de l’édition.

4. Inconvénients

  • Très peu pratiqué (voire pas du tout) par les maisons d’éditions car ces dernières supportent le risque éditorial mais n’ont en échange aucune partie des droits d’auteur qui lui sont cédés.
  • Risques conflictuels entre les associés : comme les pertes sont supportées par les deux parties, cela peut mener à des situations conflictuelles qui risquent de ne pas pouvoir se régler à l’amiable mais devant un juge (longueur, lourdeur, et coût de la procédure).  Chacun risque de se renvoyer la balle : l’auteur pensera que si les ventes ne réussissent pas, c’est que l’éditeur n’a pas bien fait son travail de distribution et de publicité, donc à lui de supporter les pertes. Et l’éditeur pensera que si le livre ne se vend pas, c’est qu’il n’est pas bon, donc c’est à l’auteur de supporter les pertes…le serpent qui se mord la queue.
  • Risque d’arnaque encore une fois, de sociétés qui feraient passer du contrat à compte d’auteur sous couvert d’édition à compte à demi.

Mon Analyse: Je ne vois pas personnellement l’intérêt d’un tel type de contrat qui peut être assez lourd à la mise en œuvre et conflictuelle (notamment dans le cas de pertes financières). Même en droit des sociétés classique qui touche d’autres domaines d’activités, c’est une forme de contrat très peu usité.

En conclusion ?

Je dirais qu’il faut toujours analyser les refus, savoir ce qui les a motivés, car parfois il vaut mieux ne pas s’entêter dans l’erreur et essayer d’améliorer sa prose, plutôt que de foncer tête baisser contre vents et marées, subir un échec et être déçu. C’est la raison pour laquelle, demander les motifs du refus peut être bénéfique.

Plusieurs raisons possibles :

Pour une œuvre bien écrite, mais étant trop originale, sortant des carcans classiques, l’éditeur ne sait pas toujours si cette œuvre trouvera son public,  indépendamment de sa qualité. La question étant : l’éditeur est-il prêt à se lancer à l’aventure, prendre un risque, avec un nouvel auteur, un nouveau style ? La réponse à cette question conditionnera l’acceptation ou non de l’œuvre.

Ou tout simplement le livre est mal écrit, scenario inintéressant ou fade (pardonnez ma cavalerie, mais appelons un chat un chat) : il faut accepter la critique, il faut savoir se remettre en question et prendre du recul, et le cas échéant se corriger. Les bonnes maisons d’éditions, de toute taille, vont toujours s’efforcer de mettre la qualité de l’œuvre en avant, de la promouvoir à son juste mérite.

L’édition est à mon sens un art, une philosophie, une éthique. Ce n’est pas publier sur le compte d’auteurs « débutants » pour réinvestir sur les écrivains phare de la maison qui sont une valeur sûre à la vente. Bien sûr c’est le commerce, certes, mais chacun son éthique personnelle…un juste milieu entre le rendement et la qualité est nécessaire, l’exploitation d’auteurs inconnus ou amateurs n’est pas moralement juste. Mais comme dans tout système, rien n’est parfait. A chacun d’acquérir la connaissance du milieu pour savoir où il met les pieds.

Sur ces bonnes paroles, je souhaite bon courage à tous les auteurs qui sont en recherche de publication ! Et surtout, soyez vigilants.

N’hésitez pas à commenter, réagir, ou poser des questions !

Sources textuelles et légales:

Sources journalistiques :

Sources informatives de professionnels

Sources autres (blog, forums, participatif, particulier)

(Recherche facile de forums et de blog dans les moteurs de recherche)

  • wikipedia.org/
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